Le pouvoir (néfaste) de l'invisibilité

 
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Dans les films, la cape d’invisibilité est un super pouvoir. Dans la vie réelle, l’invisibilité est un mal qui gangrène notre société.

Les femmes ne sont pas les seules à être victime d’invisibilisation, à devoir se battre pour qu’on leur rende la place qui leur est due. C’est aussi le cas des personnes non-blanches, des personnes LGBT+ ou des personnes en situation de handicap.

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L’invisibilisation est un néologisme qui exprime le fait de rendre invisible. Par exemple, notre carte bleue invisibilise l’argent, oui, on s’est déjà tou.te.s demandé.e où était passé notre argent en regardant notre compte en banque.

 
Okay, c’est vrai.

Okay, c’est vrai.

 

Mais si l’exemple de la carte bleue est anodin, il y en a d’autres bien plus graves pour notre société : l’invisibilisation des femmes dans l’histoire, celle des personnes en situation de handicap dans nos médias ou encore d’homosexuel.le.s chez les héro.ine.s de nos films favoris… tout autant de moyens d’exclusion malheureusement très efficaces.

Un problème qui touche tout le monde

Ce processus insidieux apparaît dans les médias, au travail, dans l’histoire… Il peut toucher le temps de parole des femmes en réunion, ou lors d’un débat, ce qui va leur donner l’impression de ne pas exister, dans les médias où les femmes ont parlé deux fois moins que les hommes à la télévision et la radio, et ce sur les 18 dernières années. Certains en prennent d’ailleurs conscience, comme l’Obs qui fait son introspection ici. « Sur douze semaines, les femmes représentent en moyenne 31 % des visages montrés et nommés dans nos pages — ce chiffre oscille entre 22 % et 39 % selon les semaines ».

 
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Ce procédé d’invisibilisation s’adresse également aux personnes en situation de handicap. Hamou Bouakkaz a aussi fait les frais de cette stratégie d’éviction, d’autant plus violente que pour le mettre de côté, on a utilisé le fait qu’il soit aveugle.

« Nous sommes le 6 février 2011. Je participe aux festivités du Nouvel An à Belleville [un quartier de Paris à la nombreuse population d’origine chinoise, Nde]. Je suis sur la tribune aux côtés de mes collègues élus, ravi de pouvoir saluer la vitalité du tissu associatif chinois de Paris. Mais au moment où l’organisateur s’apprête à me donner la parole, un collaborateur de la maire du 20 e arrondissement situé à moins d’un mètre derrière moi lui passe la consigne, d’un grand geste de la main, de n’en rien faire. Je me rends compte de ce qui arrive qu’au moment où la représentante de l’ambassade de Chine est invitée à s’exprimer. J’éprouve alors un sentiment de dégoût face à la méthode pitoyable utilisée. Je suis persuadé et j’enrage, qu’un tel geste n’aurait jamais été commis à l’égard d’un élu voyant.»

Extrait du livre “Aveugle, arabe et homme politique, ça vous étonne ?” De Hamou Bouakkaz.

Une façon d’agir qui se distingue aussi chez les personnes LGBT+. Dans la culture populaire par exemple, des personnages LGBT+ voient de plus en plus le jour mais généralement en tant que seconds rôles, rarement en tant que personnage principal. Il en résulte que les personnes LGBT+ doivent subir de plein fouet un manque de représentation, présent également en entreprise, ce qu’essaie de contrer aujourd’hui l’Autre Cercle en faisant émerger des rôles modèles, utiles voire nécessaires à la construction de l’identité.

 
Rien ne vous choque ?

Rien ne vous choque ?

 

Depuis toujours…

Ces mécanismes d’exclusion ne sont possibles que parce qu’il existe une connivence entre ceux qui croient se ressembler et veulent se ressembler, selon des stéréotypes préexistants. Pour comprendre la société, il faut comprendre l’histoire, et cette non-représentation de ces diversités amène à penser que c’est « l’homme blanc quinquagénaire et hétérosexuel » qui a marqué l’histoire et qu’écouter ceux et celles qui ne rentrent pas dans cette case n’est donc pas nécessaire pour avancer.

Certaines femmes ont dû signer leurs écrits par un nom d’homme pour pouvoir les publier, George Sand, de son vrai nom Amantine Aurore Lucile Dupin, en est un exemple concret. Des personnes LGBT+ n’apparaissent pas dans nos livres d’histoire à cause de leur orientation sexuelle comme Bayard Rustin qui a pourtant œuvré pour l’égalité des droits civiques aux côtés de Martin Luther King. Ce faisant, plutôt que de partager des savoirs sur plusieurs générations, nous transmettons des stéréotypes qui contribue aujourd’hui à l’exclusion.

Pour que les choses évoluent, partageons sur celles et ceux qui nous ont inspiré pour offrir aux autres l’occasion de les voir, de se reconnaître en elles/eux, et devenons nous-même les personnes inspirantes !

Pour aller plus loin :

"Le pourcentage de noms de rues portant un nom de femme, c'est 2%. C'est quand même délirant !" Lauren Bastide, créatrice du podcast féministe La Poudre Podcast dénonce l'invisibilisation des femmes dans l'espace public.

“Alors je me suis dit, peut-être faut-il rajouter une catégorie urbain aux Molières ? Mais même là vous seriez capable de faire gagner Orelsan” Fary, sur la scène des Molières 2019, dénonce avec humour l’invisibilisation de certaine communauté dans le monde de la culture.

 

 




Texte par

Alice De Ronne

Publié le

12 Juillet 2019


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