Frédérique Leininger, fondatrice de Maison FMK

 
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Nous avons invité autour d’un café Frédérique Leininger, une entrepreneure et un modèle de résilience.

Fondatrice de Maison FMK, une marque de jupons, Frédérique nous a raconté son parcours, de la Côte D’ivoire au Sud de la France, de l’Ecole de Commerce à l’Ecole de Mode.

On a parlé de ce qu’elle a appris, de ce qu’elle a tiré de chacune de ces expériences pour monter sa marque. On a aussi discuté de son identité africaine ainsi que de l’épreuve du cancer qui est venu la rattraper au sommet du lancement de sa marque, de l’impact que ça a eu sur sa carrière et sur sa vie personnelle, de comment ça l’a forcée à changer sa vision de ce qu’est la féminité, et du regard que notre société porte sur les personnes malades.

Si vous avez besoin d’un peu de force pour faire face à une épreuve ou d’inspiration pour créer votre propre entreprise, Frédérique est LA personne à écouter.

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Frédérique

Avant, pour moi la féminité ça se résumait un peu à mon corps, une poitrine, des fesses, des cheveux et ça se résumait à ça, même si je n’étais pas quelqu’un qui se maquillait. J’ai des longs ongles, j’étais mince avec une poitrine, des longs cheveux, et pour moi c’était tout cet apparat là qui représentait la féminité. Et là, annonce cancer du sein, dans une phase très très avancée et avec cette annonce : “allez perdre vos cheveux, vos seins, votre corps”... Et à ce moment là, je me dis que toute cette vision que j’ai de la féminité, elle tombe à l’eau.

Je me retrouve avec une opération d’ablation etc. et je me rend compte que mon mari me trouve toujours aussi féminine. Quand je me balade dans le rue, les gens trouvaient que je rayonnais parce que j’étais en phase avec cette réalité et que j’étais armée comme une guerrière pour aller vivre. Mais je me disais “mais comment ça se fait qu’ils me trouvent belle ou qu’il me trouve féminine alors que je n’ai plus de corps finalement ?” Et c’est là que la notion de féminité a vraiment résonné en moi et c’est là que je me suis dit que la féminité ça vient vraiment de l’intérieur, de comment je me vois, comme je me perçois et pas forcément comment la société me perçoit ou comment mon corps est modulé. Et à partir de ce moment-là j’ai commencé à avoir une emprise sur ma féminité et je l’ai vécu totalement différemment.

 
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(…)

Mais je dois quand même dire que la société nous renvoie très facilement à la maladie. C’est vraiment une maladie qui fait peur, énormément, une maladie qui choque. Et souvent malheureusement, les gens, des étrangers comme des proches, me renvoyaient à ma maladie. Et à mon corps mutilé. 

Morgane

C’est à dire que finalement on ne voit plus en toi l’entrepreneure, la maman, l’amie mais la femme malade… Est-ce que les gens te prenaient avec des pincettes, ou…?

Frédérique

Oui, il y a eu des gens qui ont me renvoyaient à ça, sans forcément le vouloir, on cherche des détails, on remue le couteau dans la plaie. Mais je pense que les gens ne sont pas préparés à réagir à ça. Donc t’as des gens qui fuient, qui sortent de ta vie parce qu’ils ne savent pas comment réagir, et puis tu as des gens qui essayent d’être là, mais qui te renvoient à ta réalité, qui sont vraiment un effet miroir. 

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Morgane

Est-ce que ta différence a déjà été un frein dans ta vie professionnelle ?

Frédérique

Je pense que oui, mais je ne prête pas attention à ça. Jai lu un jour sur un post Instagram une fille qui parlait de moi et qui disait « oui Frédérique Leininger, c’est bien, parce que ’ai l’impression qu’on ne met pas assez en avant une black qui fait du bien-être, c’est tirs des filles aux plastiques parfaite, blonde, etc. ». Et j’avais jamais pensé à ça avant qu’elle n’en parle.

Mais je l’ai eu dans l’autre sens, côté mode africaine. On ne ne m’a jamais catégorisée comme une créatrice d’origine africaine parce que je ne fais pas du wax etc. Parce que je fais du tutu. Et donc je ne rentre pas dans ce cadre culturel qui est attendu.

J’ai l’impressions que j’ai la chance de faire un métier artistique donc je vais avoir bcp moins de freins que des personnes qui sont dans un travail très rigide. Mais en m^me temps, je pense qu’on m’attend sur beaucoup de choses et je ne réponds pas à ces attentes. Quand j’étais en école de mode à Milan, Diana, une prof de mon école, m’a collé un 0. Parce qu’il fallait choisir un thème et développer une collection. On avait le choix entre '“fairy tale” (conte de fées), afro et quelque chose comme punk. Et elle m’a mis un 0 parce que elle était déçue que je n’ai pas choisi afro. c’était quand même un peu un scandale. 

Morgane

En gros tu n’étais pas rentrée dans la case qu’elle avait elle même choisi pour toi.

Frédérique

Voilà c’est ça. Moi c’était conte de fées, j’ai vu, j’ai sauté dessus, c’est comme si ça me parlait, c’était pour moi. Et elle a vu ça, elle était choqué, elle a peine regardé mes dessins. C’est peut être ce jour là où j’ai eu ce truc très frontal où on m’attendait déjà quelque part, et je n’ai pas répondu. 

 

 




Texte par

Morgane Dion

Publié le

26 Mai 2019


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